Posted by on 17 Mai 2016 in A la une, article de recherche | 0 comments

Rôle et importance des sociétés initiatiques : cas de l’initiation au do dans la société traditionnelle Bwa 2/3

Rôle et importance des sociétés initiatiques : cas de l’initiation au do dans la société traditionnelle Bwa 2/3
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 II. L’INITIATION AU DO

Les bwaba ont un système initiatique qui varie d’une région à une autre. Cependant force est de constater qu’ils ont en commun l’initiation au do. Cette initiation du fait qu’elle engage toute la société entière est dite communautaire.

 2.1. Les préparatifs

Chez les bwaba l’initiation  au do joue un rôle prépondérant et déterminant dans la vie de l’individu et des communautés. Ainsi, pour  que l’initiation ait lieu, il faut une autorisation préalable  du chef du do « do banso » :(le propriétaire du do) et du chef de terre (tini bè). Ces derniers, à la demande des non-initiés  «les bruwa », autorisent le déroulement de la cérémonie après avoir fait des sacrifices aux mânes des ancêtres pour voir si la période est bien indiquée.  Les aspirants à l’initiation doivent  offrir chacun un poulet au fétiche du do afin que les ancêtres les protègent tout au long des épreuves qu’il vont subir. Ils doivent également procéder au « nettoyage de la grande place réservée, en dehors de la ville, aux manifestations religieuses »[1].

Après cette phase préparatoire, selon Michel VOLTZ « la première étape marquant l’entrée dans le cursus initiatique se place immédiatement sous le signe du do, Dieu civilisateur qui va amener progressivement les postulants à la maturité sociale »[2].  Ces propos de Michel VOLTZ nous amènent à  affirmer que l’initiation est intimément liéé aux masques qui est l’incarnation du do.

2.2. Les intervenants de l’initiation

Dans la société bwaba, l’initiation se fait par  rapport à la structuration en classe d’âges ou promotions initiatiques. On peut alors distinguer les  intervenants actifs et les intervenants passifs.

  • Les intervenants actifs

Ils sont constitués des non-initiés, les initiés ou aînés et les sages.

– Les non- initiés ( bruwa) : c’est l’ensemble des jeunes et adolescents du village dont l’âge varie entre 7 et 18 ans qui n’ont pas subi des rites initiatiques. Il  est interdit à cette catégorie de personnes de porter le masque ou même de s’y approcher. Elles n’ont pas accès aux secrets initiatiques  de même que les femmes. Considérés comme ignorants de la communauté, les enfants  doivent subir des épreuves d’endurance. Seuls échappent aux dites épreuves les enfants des griots et des forgerons, à qui il suffit de donner en sarifice au do, une poule blanche pour intégrer la société initiatique.

– Les initiés ( yenissa ou pammas) : ce sont les formateurs qui imposent les épreuves physiques, morales et intellectuelles aux non-initiés. C’est eux qui apprennent aux « bruwa » la confection des masques et les secrets liés à la nature et au do.

– Les sages (nikien) : ils président les différentes étapes des rites initiatiques et veillent à la protection des néophytes (non- initiés) des abus qui pourraient résulter des actes posés par leurs aînés. C’est le cas dans Crépuscule des temps anciens de Nazi BONI, où les sages se plaignaient de l’attitude cruelle de certains aînés envers les non-initiés.

Ces différentes classes ( bruwa, yenissa, nikien) sont régies par des lois que tout un chacun est tenu de respecter rigoureusement. Le critère d’âge et du savoir sacré sont très importants.

  • Les intervenants passifs

Il s’agit de ceux qui ne participent pas activement aux épreuves de l’initiation, mais contribuent à l’atteinte des résultats de la cérémonie. On peut citer par exemple le cas de la femme dans la société bwa. Elle est  exclue du processus initiatique. On la considère comme une étrangère  à qui on ne peut  confier des secrets importants dont dépendent l’avenir de la communauté et la survie du lignage. Les autres raisons de l’exclusion de la femme dans les rites initiatiques résultent du  fait que la femme a la possibilité de se remarier, qu’elle ne peut pas endurer les épreuves  physiques. De même considérée impure, son contact avec les masques  peut la rendre stérile, et si elle est en grossesse elle avorte. Ce n’est qu’à  l’âge de la ménopause qu’elle peut s’approcher des masques.

Cependant, les repas des initiés, le dolo, la viande sacrifiée sont préparés par les femmes qui ne sont pas en ménopause. De façon exceptionnelle, les femmes des griots et des forgerons  ont accès aux masques qu’elles accompagnent avec des chants et  leur offrent à boire.

2.3. Le déroulement de l’initiation

L’initiation a lieu généralement chaque fois qu’une association  de classes d’âge qui a atteints l’âge requis et exprime le besoin. Elle se fait de façon collective après les récoltes et pendant la saison sèche entre mars et avril.

  • La phase préliminaire

Les postulants ( les bruwa ) sont conduits en brousse pour une période variant entre trois (3) jours ou trois (3) mois selon les villages dans un camp d’initiation. Les bruwa souvent nus ou ne portant seulement qu’un casse-sexe, accompagnés des initiés sont envoyés par ces derniers pour chercher « gnini »(littéralement :la graisse). En effet, la « graissse » c’est un langage codé qui signifie cueillir les feuilles qui serviront à la confection du masque. Après avoir accompli leur rôle, ils sont  éloignés du lieu. De retour, les postulants est mis  en présence du masque en feuille fabriqué par les initiés. Celui-ci  engage la lutte avec chaque postulant. Si ce dernier prend peur, il est chassé du  camp et sera méprisé par tous les initiés ; mais s’il résiste et terrasse le masque, on lui fait découvrir la nature humaine du masque. Il jure de ne pas trahir le secret du do sous peine de mort. C’est pourquoi, on lui fait mâcher les feuilles ou mordre les fibres du masque qui seront en lui le témoin de son serment.

Au cours de leur séjour, il est interdit aux postulants de se laver. Aucun d’eux n’entre au village quelque soit l’événement malheureux qui survient dans sa famille( cas de décès).

  • La phase active

Les candidats subissent  de rudes épreuves comme l’illustrent les passages  suivants : « il fallait soumettre les candidats à la torture pour les éprouver, car on ne saurait confier le sort d’un pays ou d’une ville à des gens incapables d’endurer les pires souffrances. »[3], « …les yenisssa se mirent à marcher sur cette rangée de jambes pour se faire une idée de la résistance des tibias, des fémurs, des humérus, des rotules »[4]des Bruwa. Les candidats sont dans l’obligation d’obéir à tous les ordres provenant des initiés : courir, marcher, chanter, accueillir les coups de fouets sans pleurer, interdiction de lécher les doigts ou de consommer la viande sacrifiée lors de la cérémonie rituelle. Ces propos sont attestés par Gérard TIAHOUN « Toute désobéïssance de la part du nouvel initié ; toute conduite hautaine de sa part à l’égard du maître-encadreur, sera l’occasion de recevoir des coups. »[5]

En plus des épreuves physiques, des informations assez sommaires sur la nature et le rôle de do sont reçues par les candidats. Cela consiste à des récits et à une série  d’interdits liés au do. Les yenissa expliquent le sens des chants qui accompagnent  la venue des masques puisque les textes entourant le culte du do sont abondantes en références symboliques, en mythes, en métaphores et proverbes codés. La compréhension de ces textes par un profane est difficile. Ils apprennent aux candidats également l’art de confectionner les masques en feuilles, et à danser les rythmes qui sont propres à chaque cérémonie où ces masques interviennent.

  • La phase finale

La cérémonie se termine par la passation des pouvoirs entre les anciens initiés et les nouveaux au lever du soleil après avoir chanté l’hymne au do. Enfin les nouveaux initiés  portent pour la première fois officiellement les masques, et armés de  bâtons et de fouets, ils entrent triomphalement au village sous l’acclamation de la population.

La fin de l’initiation se marque par des jours de fête ( 3 ou 7 jours), où chaque après-midi de jeunes initiés dansent le masque pour prouver qu’ils remplacent valablement leurs aînés. Ils le feront jusqu’à ce que un jour leurs cadets viennent prendre leur place et promouvoir les classes d’âge.

  • Remarque

 Au terme de cette partie nous pouvons affirmer que les Bwaba attachent du prix à la célébration du do. Cependant, des rivalités existent quant à la nature du masque à utiliser pour les rites d’initiation au do. Dans certains villages, la participation des masques en bois aux rites  initiatiques du do est considérée comme une hérésie et des clans continuent à honorer do par des masques en feuilles. Ces divergences sont perceptibles à travers les chants du do ci-dessous du village de Dohoun(village situé dans la province du Tuy) qui énoncent que seul le masque en feuille est authentique pour les rites d’initiation.

« Do est toujours vert, toujours vivant, toujours frais,

Du matin au soir,du soir au matin.

Mais les masques à lame,

Posez-les dans une case,

Aussitôt les termites les dévorent. »[6]

Les gens de Dossi (village de la province du Tuy) répliquent :

« …Notre pouvoir est le plus fort,

nous sommes larges et hauts,

nos couleurs sont les plus belles,

nous ne sommes pas des pauvres gens

qui doivent s’habiller en feuilles,

comme des hommes d’autrefois

qui vivaient en brousse avec des animaux sauvages »[7]

Malgré ces rivalités, l’initiation au do que ce soit par les masques en feuilles ou en bois demeure indispensable pour les Bwaba. Néanmois, il convient de noter que les masques en feuilles sont l’incarnation de do, ceux en bois sont l’apanage des Gourounsi et Bobo voisins des bwaba.

Au regard de ce qui précède, il ressort que l’initiation communautaire occupe une place de choix chez les bwaba.

[1] Nazi BONI, op.cit, p.194

[2] Michel VOLTZ, Le langage des masques chez les bwaba et les gurunsi de Haute-Volta, p.89

[3] Nazi BONI, op.cit, p.196

[4] Ibid., p.197

[5]Gérard TIAHOUN cité par Kirissi Mathias KONKOBO, Le culte des masques et sa signification sociale dans le village de Gourou et sa région, Université Ouagadougou : mémoire de maîtrise, 1982, p.64

[6] Michel VOLTZ, op.cit., p.98

[7] Ibid., p.99

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